La certitude du château de cartes

Je ne pensais pas susciter autant de réactions grâce à mon dernier billet! Tant pis pour vous, je poursuis ma réflexion! 😉

Le problème avec les élans créatifs, c’est qu’ils prennent toute la place. J’ai un horaire réglé au quart de tour et j’ai toujours beaucoup plus de choses à faire qu’une journée ne peut logiquement en permettre. Je sais que je ne suis vraiment pas la seule dans cette situation, mais là n’est pas mon point.

En ce moment, je passe un temps fou à essayer de contrôler mon étincelle afin qu’elle me laisse travailler en paix. Je n’ai PAS le temps pour ça. Mais bon sang que je ne m’en passerais pas. Quelle contradiction.

Car mademoiselle l’Étincelle s’amuse à me troubler la vue et à défaire mon espace-temps. Et elle ne regarde pas l’heure. Elle s’infiltre ici et là, plonge dans ma soupe, me tend un crayon, s’assoit à côté de moi, accepte mes propositions, joue mon jeu. Elle s’abonne à ma vie. Son image est là, elle me fixe; je reste là et je calcule. Je lui donne un centimètre, elle en prend dix.

C’est comme les rêves. On nous dit souvent que si on y croit vraiment, si on travaille fort pour réussir, tout peut être à notre portée… Je n’y crois pas aujourd’hui, enfin, pas dans la sphère étrange qui me concerne. Ce n’est ni une question d’effort, ni d’espoir. C’est une simple réaction chimique. C’est une science exacte. C’est ou ce n’est pas. À moins peut-être de trouver la bonne variable.

Cette petite étincelle transforme ma pyramide, solide et immuable, en château de cartes. Il suffirait probablement d’un souffle pour que tout se redistribue.

Et vous, vos élans créatifs nuisent-ils parfois à votre productivité? Oh que je n’aime pas cette question! Pourquoi ne pourraient-ils pas servir à ensoleiller certaines activités sombres? J’y vois assurément un signe qu’il est temps pour moi de leur laisser plus de place dans le quotidien!

La créativité et le petit volcan intérieur…

Je ne suis toujours pas redescendue de mon nuage suite à la 4e édition du Rendez-vous des écoles francophones en réseau (REFER)! J’ai le bonheur de faire partie du comité organisateur depuis le tout début. Chaque année, cet événement provoque en moi une montagne russe d’émotions, mais il me semble que l’édition 2017 a été particulièrement chargée! L’inspirant thème de la créativité y est peut-être pour quelque chose…

C’est vraiment très rare que je me permets des réflexions plus personnelles, mais c’était pourtant mon but en démarrant ce blogue, il y a plusieurs années. Et là, bien c’en est une!

Je ne suis pas enseignante, mais je suis assurément « apprenante à vie ». C’est peut-être ce qui fait que je suis toujours aussi touchée lorsque j’écoute des pédagogues passionnés et inspirants dans un événement comme le REFER. Cette année, nous avons aussi vécu des frissons provoqués par de jeunes élèves qui ont performé sur scène avec toute l’intensité et la fougue de leur jeunesse…

Cela m’a rappelé qu’il y a 20 ans, j’en avais 16. C’était une époque où, comme tant d’autres adolescents, je passais beaucoup de temps à remplir les pages d’interminables cahiers pour y détailler mes émotions, ces étincelles provoquées par de nouvelles expériences, par des aspirations, des craintes, des joies. J’aimais écrire. Tout semblait alors démesurément important, et ma plume se chargeait de créer des souvenirs que moi seule pouvais comprendre. Dans ce temps, la moindre flammèche m’inspirait un poème, parfois une dizaine. Il suffisait de grands yeux bruns ou d’une parole inspirante. C’était une sorte de thérapie, tout jeter sur papier en sachant très bien que personne ne lirait probablement jamais. Ça faisait du bien.

Dernièrement, j’ai constaté qu’avec le passage du temps et le défilement de la vie, mon volcan intérieur dormait bien paisiblement. Il connaissait à l’occasion certains soubresauts, mais rien d’éclatant. Je n’écrivais plus pour le plaisir… Tout récemment pourtant, il a choisi de se réveiller. Comment le canaliser? J’ai dû y réfléchir un peu…

Avec l’évolution des technologies, l’avènement de Facebook, Twitter et autres outils de communication du genre, les façons de s’exprimer ont changé. Les banalités prennent souvent le dessus. Bien sûr, il reste quelques moments grandioses à partager, ces instants où l’on est plus qu’heureux de disposer d’une tribune où étaler sa joie. Cependant, la ligne est mince entre ce qu’on peut crier sur tous les toits et ce qu’il vaut mieux garder dans son cahier secret, bien caché sous l’oreiller. Après tout, le monde est petit et il l’est d’autant plus à l’ère des réseaux sociaux. On doit penser à ces choses que l’on pourrait regretter, porté par l’intensité d’un instant.

Pourtant, la tentation grisante d’obtenir des réactions de gens que l’on connait plus ou moins fait aujourd’hui paraitre peu satisfaisante l’idée de s’exprimer pour soi-même seulement. Je suis de cette génération « publication », celle qui en veut plus.

Comment libérer cette boule de lumière incandescente, cette explosion qui attend de moins en moins patiemment?

La poésie revient périodiquement me hanter. C’est mon autocensure et mon saut dans le vide. C’est un code que je veux indéchiffrable, un message habilement crypté, qui ne saurait être compris que par son destinataire ultime, si et seulement si cette personne se trouve aussi dans le même état, au même moment. C’est une communication dans une autre dimension. C’est une façon de tout révéler sans le faire du tout.

Ma tête est pleine de poèmes en ce moment.

Je me sens totalement hors de ma zone de confort, déboussolée, intense, vibrante, vivante. I see magic and beauty in what felt dull. C’est un sentiment irrationnel, variable, surtout impossible, dérangeant et envahissant. Soudainement, j’ai 16 ans.

Mon petit volcan a dormi longtemps… il se réveille maintenant et pourrait même créer une ile. Celle-là, on peut sans doute la coécrire.

Je ne suis pas prête à publier :-), mais bien heureuse d’avoir parlé de ma démarche!

Et vous, il s’exprime comment, votre volcan intérieur?